mercredi 16 décembre 2009

"Coco Chanel & Igor Stravinsky" de Jan Kounen


Casting : Anna Mougalis, Mads Mikkelsen, Elena Morozova, etc.
Sortie en salle : 30 décembre 2009
Durée : 1h58

1920. Paris. Coco Chanel, qui vient de perdre son grand amour dans un accident de voiture, rencontre Igor Stravinsky, réfugié dans la capitale avec femme et enfants pour cause de révolution russe. La célèbre couturière propose au musicien qui n'est pas encore une gloire incontestée d’héberger tout son petit monde dans une maison aux abords de Paris, à Garches. La passion amoureuse et le besoin de création qui unira les deux peuvent alors commencer…

Le fiévreux réalisateur de Dorberman n’a pas fini de nous étonner après la controverse qui avait animé critiques et grand public lors de la sortie de son dernier film, Blueberry. Il rebondit dans le temps et nous propose aujourd'hui la livraison d’un nouveau film passionné où se croise le destin de deux figures du 20ème siècle. Jan Kounen réunit en effet deux acteurs principaux ô combien concernés : une Anna Mouglalis exceptionnelle en Coco à la fois sombre, sûre d'elle-même et indépendante et l'acteur Danois Mads Mikkelsen (Casino Royal…) tout en intensité, tiraillé entre sa famille, ses sentiments et la création musicale. Le film tisse une toile implacable des amours aussi brutales que puissantes d’un couple illégitime à la recherche des émotions et de leurs démons, en route pour leur mythe. Jan Kounen filme ses personnages avec une précision chirurgicale, en laissant toutefois toute sa place à la ferveur, aux corps, aux regards, à ces souffles saccadés, aux souffrances… aux silences.

Alors que ces enchevêtrements de sentiments transportent le couple adultère, la femme d'Igor (Elena Morozova, émouvante), amoindrie, malade, trahie, tente sauver ce qui peut l'être, ravalant sa fierté pour faire survivre sa famille et son couple. Les deux femmes savent, et Kounen laisse sa caméra régner en maître, subtile, sans manquer une miette des douleurs dans cette soudaine tragédie de la séparation non souhaitée. Là où le festival de la vérité prend le pas sur les non-dits enfouis, le réalisateur fait corps avec ses personnages. Il les scrute, les devine et les réinvente alors que la musique écorchée de Stravinsky transcende les sentiments de la plus belle des façons tandis que celle de Gabriel Yared s'imbrique subtilement dans les atmosphères laissées vacantes.

C’est l'un des tours de force du film qui hypnotise le spectateur. Dans cette villa, les personnages s’observent, se chassent et se cachent dans un huis clos à la monotonie et à l'habitude feintes. C’est au gré de cet amour interdit, que Coco et Igor trouveront l’énergie et l’inspiration créatrice, chacun dans son domaine. Le parallèle est saisissant, décliné, passionnant : l’une est en route pour la gloire encore un peu plus planétaire avec son parfum Chanel n° 5 alors que l’autre œuvre à sa légende de musicien, jour après jour derrière son piano accompagné de multiples alcools.

Jan Kounen jongle admirablement entre Histoire et histoire, revisite la relation peu connue entre les deux génies et s’adonne à une mise en scène éblouissante qui prend son temps quand il le faut et s'enfièvre ensuite dans des mouvements magnifiques (ne ratez sous aucun prétexte la scène d’introduction qui reprend la Première huée du Sacre du printemps !). Un film sombre, mais lumineux. Un film violent, mais sensuel. Un film habité, mais libre… A l’image de ses protagonistes : beau et grand.


vendredi 27 novembre 2009

"Tijuana City Blues" de Gabriel Trujillo Munoz - Editions Les Allusifs

Elle est loin l’image d’Epinal d’un Mexique balnéaire à tendance touristique dans Tijuana City Blues de Gabriel Trujillo Munoz. Surtout lorsque l’avocat Morgado, plus habitué à défendre les droits de l’homme dans son pays, se retrouve irrémédiablement embarqué dans une enquête où il aura à remonter le temps. Celui où, en 1951, un homme a disparu dans la nature après que l’écrivain américain William S. Burroughs lui demande de transporter un paquet plus que douteux jusqu’à Tijuana. Le fils de cet homme disparu voudrait aujourd’hui en savoir plus. Bien plus.

Dans ce court roman, l’auteur allèche et appâte le lecteur en mélangeant l’Histoire littéraire (Burroughs en meurtrier accidentel de sa femme, véridique…) et le Mexique d’aujourd’hui, loin des clichés. Trujillo Munoz accompagne sans fioritures l’enquête minutieuse de l’avocat Morgado à coup d’archives et de photos jaunies. Dans cette enquête poussiéreuse, le livre s’arrête parfois subrepticement sur les contentieux humains et historiques du Mexique et de son incontournable et puissant voisin : les Etats-Unis. Tijuana, à la frontière, est symptomatique d’un mal de vivre, de l’égarement d’une population aveuglée et étouffée par les lambris et la condescendance de l’Amérique. Mais Tijuana City Blues, c’est surtout une enquête somme toute classique, loin du style foisonnant de la littérature sud américaine, menée lentement sous la chaleur d’un pays aux prises avec l’un de ses démons, la drogue. L’histoire se déroule sous nos yeux, limpide, sans accroc et simplement. Trop simplement.

Chronique réalisée dans le cadre de l'opération Babelio Masse Critique

mercredi 25 novembre 2009

C'est qu'il me soutient, mon lapin (crétin) !!

jeudi 12 novembre 2009

"La vérité sur Marie" de Jean-Philippe Toussaint - Editions de Minuit


Tout commence par la séparation des corps. Le narrateur de La vérité sur Marie a perdu Marie et son amour, croit-il. Séparé qu’ils sont depuis quelques mois, chacun des deux ex vit sa vie, à Paris. L’un est dans le lit de Marie, une autre Marie tandis que Marie (la vraie) est dans les bras de Jean-Christophe, un riche homme d’affaires propriétaire de chevaux de courses. Puis un soir, ce dernier s’écroule. Crise cardiaque. Il n’en faut pas plus à Marie pour rappeler le narrateur et qu’il accourt sous la pluie. Exit le premier tableau. Retour en arrière. Le trio est au Japon. Marie et son nouvel amant repartent pour Paris avec Zahir, un cheval de course suspecté de dopage. Dans les méandres de l’aéroport, l’animal s’échappe, court, titube, glisse, transpire, s’effraie… Puis est installé dans l’avion. Troisième acte, le narrateur rejoint la maison familiale de Marie, sur l’ile d’Elbe. Là, ils se retrouvent, se scrutent, s’observent, s’effleurent… pendant qu’un incendie ravage le club hippique tout proche. La boucle est bouclée. Reste à s’aimer.

Jean-Philippe Toussaint a ce don certain de rendre son écriture en apparence austère. Alors que l’on pourrait croire que ce style ne peut laisser suffisamment sa place à l’imagination, c’est en vérité tout le contraire qui se passe. Ce style précis et implacablement descriptif capte le lecteur, l’hypnotise tandis que les images se forgent dans la tête. A tenir si remarquablement bien son texte, l’auteur nous embarque dans son voyage à travers les êtres et surtout leurs âmes. On est miraculeusement emporté par les doutes, la mauvaise foi, la jalousie et la haine du narrateur ô combien compréhensible… On est aussi estomaqué par cette description sidérante et organique d’un cheval aux abois dans un aéroport de Tokyo, de nuit alors que l’on éprouve physiquement cette détresse de l’animal. On se prend enfin à subir la chaleur de l’Ile d’Elbe, à profiter du rafraichissement d’une simple baignade avant de se sentir sale de suie tandis que l’incendie fait rage. Puis le calme et l’apaisement reviennent. Et l’on se dit que ces trois parties du livre si différentes soient elles, n’ont qu’un unique but : marteler encore et encore que l’amour est perpétuellement bousculé, balloté, malmené… mais que sa flamme subsiste puisque nous ne sommes que maladroitement humain.

mardi 3 novembre 2009

"Exit le fantôme" de Philip Roth - Editions Gallimard


Quelque chose m’a sûrement échappé. C’est le sentiment étrange qui m’a traversé alors que je terminais à peine la lecture du nouveau roman de Philip Roth, « Exit le fantôme ». Dans ce nouvel opus qui met en scène les affres de Nathan Zuckerman, son personnage fétiche et accessoirement son double puisque dans la vie qu’il invente (?) Nathan est écrivain, Philip Roth installe son livre juste à la veille de la réélection de Georges W. Bush en 2004. Nathan Zuckerman a 71 ans, il est usé, un peu malade et de passage à New York pour des examens médicaux après plusieurs années en dehors du monde des villes, presque loin, dans le Massachusetts, où il vit de plus en plus difficilement l’écriture de son œuvre, mais surtout sa santé déclinante de vieil homme.

Là, confronté aux bruits de la ville, à sa frénésie, il en retrouve peut-être le goût. Celui des envies, de l’observation, des joutes verbales, de la réflexion, des souvenirs et… des femmes, bien sûr. C’est en effet au contact de Jamie, la trentaine, mariée, que Zuckerman voit ses sens aujourd’hui inexistants retrouver de l’appétit. Contraint physiquement à une relation platonique, il fantasme ses dialogues avec elle, puisant dans son âme d’écrivain qui ne se refait pas, l’inspiration. En éveil, il côtoie aussi son passé en la personne d’Amy, une rencontre de jeunesse, elle qui fut la compagne de E.I. Lonoff, l’écrivain que tout jeune homme Zuckerman vénérait. Il rencontre également Kliman, un homme par trop envahissant qui veut écrire une biographie de Lonoff pour y révéler son terrible secret. Un personnage dans lequel le narrateur se voit sûrement un peu lorsqu’il était plus jeune.

Philip Roth mêle dans « Exit le fantôme » ses angoisses d’homme en déchéance physique, son interrogation quant à une œuvre qui se perpétue dans l’Histoire, cet air contrit qu’il arbore quand il décortique si bien l’Amérique avec son regard impitoyable, les amours déchues, le sexe en berne… Et puis bizarrement, autant ce qui pourrait rebuter (le livre débute par une description minutieuse et médicale des inaptitudes physiques de Zuckermann) m’a touché, autant les dédales menant à l’amour contrarié pour Jamie ou ces rencontres avec Amy et Kliman m’ont laissé un peu de marbre. Ces dialogues que Zuckermann réinventent avec Jamie m’ont semblé si fades. On se dit que, peut-être, nous sommes là dans l’essence de la vie qui s’achève, dans l’extrême dénuement des mots qui ne mentent plus et que cette fadeur est la compréhension de nous mêmes. Un brin de sagesse ? On s’ennuie un peu en lisant ce livre, au final. Mais peut-être suis-je encore trop jeune pour comprendre ?

jeudi 22 octobre 2009

Kennedy soutient "Thomas s'en fout" !

lundi 12 octobre 2009

"Thomas s'en fout" de Thierry Wojciak - Tédoublevé Editions


Voilà. On n'est jamais aussi bien servi que par soi-même. Aujourd'hui est un grand jour. Pour moi. Je publie en effet mon 1er roman intitulé "Thomas s'en fout". Après moultes péripéties avec quelques éditeurs de la place de Paris dont je vous épargne le contenu, j'ai décidé de créer ma propre structure, Tédoublevé Editions, qui me permet de commercialiser cet ouvrage. Je ne vais pas m'étaler ici sur la chose, mais si vous souhaitez en savoir plus, j'ai mis en ligne un site internet dédié ainsi qu'un blog.

Le site : http://www.thomassenfout.fr/
Le blog : http://blog.thomassenfout.fr/